Le Liban est au bord d’une nouvelle
guerre civile. Les tensions y sont extrêmes. La situation économique
du pays est des plus mauvaises. Les jours et les semaines qui viennent
seront cruciaux pour l’avenir du Liban selon que le Parlement
parviendra ou non à élire un nouveau Président de la République.
Le Liban souffre de sa situation géopolitique
comme la Belgique a souffert pendant très longtemps de la sienne. Nous
avons été pendant plusieurs siècles, jusqu’à la seconde guerre
mondiale, le champ de bataille de l’Europe. Le Liban est lui toujours
techniquement en guerre avec Israël. Le dernier conflit, en juillet
2006, entre le Hezbollah et Israël a provoqué la destruction de tout
le Sud Liban. La Syrie pour sa part n’a jamais réellement reconnu
l’indépendance du Liban. Il n’y a pas d’ailleurs d’ambassade de
Syrie à Beyrouth. Il suffirait de quelques années de paix au
Proche-Orient pour que le Liban redevienne la Suisse du Proche-Orient.
Les difficultés du Liban ne doivent
toutefois pas être cherchées uniquement dans ses relations avec ses
voisins. La société libanaise a aussi ses responsabilités. Sa
structure reste profondément médiévale et clanique. Le fils succède
en politique à son père. Les partis politiques libanais n’ont pas de
véritable programme. Ils représentent tel ou tel clan familial.
En démocratie le dernier mot doit revenir au peuple et à ses représentants.
Au Liban les assassinats se sont multipliés ces derniers mois pour
essayer de changer la majorité parlementaire. Le Président du
Parlement empêche régulièrement celui-ci de se réunir.
J’ai siégé au Parlement bruxellois pendant quinze ans. Les
discussions sont parfois vives dans un Parlement et les oppositions très
fortes. Mais la règle en démocratie veut que la majorité, fut-ce la
moitié plus un, décide. Le début de la reconstruction du Liban, ce
sont des institutions politiques qui fonctionnent et jouent le rôle qui
est le leur conformément à la constitution.
Le confessionnalisme est une caractéristique
du Liban. La société y est toute entière organisée autour des différentes
confessions religieuses. Le statut personnel dépend de sa religion. Il
n’y a par exemple pas de mariage civil. Les principales charges
publiques sont attribuées en fonction de l’appartenance religieuse.
Les grands leaders religieux ont une
influence importante au Liban. Ils doivent l’employer à favoriser le
dialogue interlibanais et encourager la construction d’un réel Etat.
Un Etat où la religion relève de la sphère privée et non de la sphère
publique.
La faiblesse et bien souvent l’absence d’Etat est le problème
majeur du Liban. L’armée est une illustration de cette situation.
Elle est sous-équipée. Elle doit être capable de garantir l’intégrité
du territoire libanais. Il n’est pas admissible dans un pays démocratique
que des civils soient armés. Les combattants du Hezbollah doivent être
incorporés dans l’armée et le terrain d’action du Hezbollah doit
se limiter au plan politique. En intégrant dans les mêmes unités des
musulmans sunnites et chiites, des druzes et des chrétiens, l’armée
peut favoriser le rapprochement des différentes communautés et le
respect de l’autre.
L’Etat
doit être à même de développer des politiques sociales et aider le
Sud Liban à sa reconstruction. Il doit veiller à ce que les
infrastructures nécessaires au développement économique du pays
(centrales électriques, réseau routier, …) soient en état. Il doit
garantir l’exercice de la justice. A cet égard beaucoup de progrès
restent à faire. La Belgique a par exemple encore plus difficile avec
le Liban qu’avec le Maroc ou l’Iran lors de rapts parentaux
d’enfants. L’incapacité du Liban à traduire devant un tribunal pénal
international ou devant ses propres tribunaux les complices de
l’assassinat de l’ancien Premier-Ministre Rafic Harriri montre que
le chemin à parcourir pour une réelle justice au Liban est encore
long.
J’aime le Liban pas seulement parce que mon épouse est libanaise mais
parce que chaque fois que je m’y rends je redécouvre cette chaleur
humaine typiquement méditerranéenne qui est celle des libanais.
C’est un pays au croisement de l’orient et de l’occident et qui
pourrait être un pont entre l’un et l’autre.
Rien ne me navre plus que de constater que de nombreux jeunes diplômés
cherchent à s’expatrier faute de trouver un emploi. Quel gâchis !
Quelles compétences perdues dont le Liban a pourtant besoin.
Je veux croire qu’il y a un avenir pour le Liban. Celui-ci passe par
les jeunes. Des jeunes comme ceux qui ont fondé le mouvement « Khalass ! »
(Assez ! en arabe). Des jeunes qui appellent à un réel dialogue
national, à la conclusion d’un pacte de responsabilité politique et
au rejet de toutes les formes de violence et de sectarisme. Des jeunes
qui plaident pour la bonne gouvernance, pour la démocratie et la mise
en place de plans d’action immédiats pour résoudre les problèmes
pressants auxquels la population libanaise est confrontée. Ils sont
l’espoir du Liban. Leur appel doit être entendu.
Marc COOLS
Echevin
d’Uccle
Vice-Président
Honoraire du
Parlement
Bruxellois
(Cet article est paru dans le journal
"L'Orient le Jour" le 24 octobre 2007)